Blogging in English par Clotilde Dusoulier, première blogueuse culinaire française

30 Déc 2012

Photo Clotilde Dusoulier

Si vous ne connaissez pas le blog culinaire bilingue de Clotilde Dusoulier, vous sortez probablement du purgatoire gastronomique. C’est ce qu’écrivait le Sunday Times en février 2009 lorsqu’il citait Chocolate & Zucchini parmi les 50 meilleurs blogs culinaires au monde. Clotilde a créé son blog en septembre 2003, alors que la blogosphère culinaire n’en était qu’à ses balbutiements et qu’elle même revenait de deux années passées dans la Silicon Valley. Il était alors le premier blog culinaire écrit par une Française, en anglais. Depuis 2007, Clotilde publie également une traduction française de tous ses billets.

La première blogueuse s’est également tournée vers l’écriture de livres. Dans le premier, publié en 2007 sous le titre original de Chocolate & Zucchini, Daily Adventures in a Parisian Kitchen (et qu’elle a traduit en 2008 pour les éditions Marabout), elle partage 75 recettes gourmandes tandis que le deuxième, Clotilde’s Edible Adventures in Paris (disponible uniquement en anglais) révèle ses bonnes adresses parisiennes et ses conseils de shoppeuse culinaire. Clotilde a également participé à la traduction en anglais du grand classique de Ginette Mathiot, Je sais cuisiner, publiée en 2009 chez Phaidon sous le titre I Know How to Cook. Enfin, Clotilde contribue régulièrement à plusieurs magazines prestigieux,  français ou américains, de Elle à Table à Martha Stewart Living Magazine, en passant par Bon Appétit et le Los Angeles Times. La sortie de son troisième ouvrage, consacré aux légumes de saison (et photographié par Griottes), est prévue pour le printemps 2013. 

En 9 ans d’écriture culinaire, « Ms. Dusoulier » a répondu à maintes interviews (cf. ma sélection en fin de billet). Admirative de son travail et de son niveau d’anglais, je me suis pour ma part intéressée au rapport que cette Parisienne de souche entretient avec la langue de Shakespeare. Interview d’une passionnée, en direct de son appartement montmartrois. 

Quelle était la place de l’anglais dans ta vie quand tu étais enfant ?

J’ai baigné dans un environnement anglophile depuis mon plus jeune âge. Mes parents étaient bilingues et très intéressés par la culture anglo-saxonne. Que ce soit par leurs amis anglais, les films qu’ils regardaient en V.O. ou les livres qu’ils lisaient en langue originale, l’anglais était omniprésent dans ma famille. Nous étions des clients réguliers de Marks & Spencer et grands consommateurs de shortbread, entre autres produits anglais. Mon père, qui est devenu traducteur une fois à la retraite, nous lisait souvent, à ma sœur et moi, des histoires en anglais avant le coucher. Nous avons ainsi découvert The Wizard of Oz, dont il nous faisait la traduction simultanée. 

Comment s’est passé l’apprentissage de la langue anglaise, une fois que tu es rentrée au collège, en France ?

J’étais déjà familiarisée aux sonorités de la langue et j’avais hâte de l’apprendre. Je suis également partie très jeune en séjour linguistique, dès la 6ème. Cela a contribué à consolider ma connaissance des structures de la langue. J’ai assez vite eu un bon niveau qui me permettait de m’exprimer avec aisance. Il n’a pas toujours été facile de me retrouver jeune collégienne seule dans une famille étrangère mais ces séjours en immersion totale m’ont permis de faire d’énormes progrès, et notamment de développer une connaissance intuitive de la grammaire anglaise. J’ai ainsi séjourné en Irlande et au Royaume-Uni mais également aux Etats-Unis, que j’ai découverts avec bonheur à l’âge de 15 ans. 

Tu as vécu deux ans aux Etats-Unis à l’âge adulte. Cela a dû avoir un impact sur ton niveau d’anglais.

En effet, à l’âge de 20 ans je me suis installée avec mon compagnon, Maxence, en Californie, dans la Silicon Valley, une fois ma maîtrise d’informatique en poche. J’y effectuais mon stage de fin d’études, qui s’est transformé en contrat embauche. Ces deux années m’ont permis de faire un bond linguistique énorme. J’ai plutôt une mémoire auditive, et j’ai donc pu engranger un maximum de vocabulaire et de colloquialisms (expressions familières). Autant de connaissances qui m’ont permis d’avoir un rapport ludique avec l’anglais.

Comment considères-tu la langue anglaise aujourd’hui ?

Mon rapport à l’anglais a été bouleversé par cette immersion américaine de deux ans. Je ne peux pas qualifier la langue anglaise de langue maternelle car je n’ai qu’une mère, qui est française, mais je la considère clairement comme une langue d’expression privilégiée. D’autant plus que j’écris en anglais depuis 9 ans, date de mon retour à Paris et de la création de Chocolate & Zucchini

Quels conseils donnerais-tu à des non-anglophones qui souhaiteraient écrire en anglais ?

Je ne sais pas quels conseils je peux donner. J’aimerais juste rappeler qu’à mes débuts, je n’écrivais en anglais qu’à destination d’un petit nombre de personnes : ma famille, mes amis. Mon objectif était surtout de continuer à pratiquer régulièrement une langue à laquelle j’étais très attachée. Il me paraît important de beaucoup lire en anglais et de pratiquer l’écriture de manière régulière. Il faut aussi rester bienveillant avec soi-même. Il m’arrive de corriger mes anciens billets car je trouve qu’une expression ou une construction syntaxique pourrait être améliorée. Je considère ma pratique de l’écriture comme un ongoing process, un mode d’apprentissage plutôt qu’une fin en soi. Pratiquer l’anglais représente pour moi la joie d’apprendre sans cesse. L’anglais enrichit mes pensées aussi bien que mon univers culturel.

Merci à Clotilde de m’avoir accordé cet entretien où elle s’est montrée aussi humble que décomplexée. Un bel exemple pour une blogueuse…

Pour en savoir plus sur Clotilde :

* Interview sur le site Des Elles en novembre 2012,

* Vidéos sur le site No Country for Young Women, en juillet 2010,

* Interview sur le projet de traduction du livre de Ginette Mathiot en décembre 2009.  

Photo Clotilde Dusoulier

This post was originally published in French on December 19, 2012 (see post below). We spoke French during the interview and I translated my questions and Clotilde’s answers afterwards.

If you don’t know Clotilde Dusoulier’s food blog, you’ve obviously been living in gastronomic purgatory. That’s what the Sunday Times wrote back in February 2009 when it featured Chocolate & Zucchini in 50 of the World’s Best Food Blogs. Clotilde launched her blog back in September 2003 when the food blogosphere was in its early stages and she was getting back from two years spent in the Silicon Valley. 

The first French food blogger also writes books. Her first book, published in 2007 and entitled Chocolate & Zucchini, Daily Adventures in a Parisian Kitchen includes 75 appealing recipes. In her second book, Clotilde’s Edible Adventures in Parisshe shares her favorite food experiences in her native city and her advice as a food shopper.

Clotilde was also part of the team that translated the French homecook’s bible by Ginette Mathiot, Je sais cuisiner, into English : I Know How to Cook was published in 2009. Last but not least, Clotilde writes regular food columns for prestigious magazines, French or American, be it Elle a Table, Martha Stewart Living Magazine, Bon Appétit or the Los Angeles Times. Her third book, on seasonal vegetables, is scheduled for North-American release in the spring of 2013. 

During the 9 years that she has been writing her blog, Ms. Dusoulier has had the chance to give many an interview (see my selection at the bottom of this post). I personally admire her work and English level a great deal and thought I would ask this native Parisian what kind of relationship she has with the language of Julia Child. Interview of a passionate language speaker, live from her Montmartre apartment. 

How significant was the English language in your life when you were a child ?

I grew up in an anglophile household from my earliest days. My parents were both bilingual and very interested in the Anglo-saxon culture. English was everywhere in our house, through my parents’ British friends, the movies they watched in original version or the books they read in English. We shopped regularly at Marks and Spencer’s and ate a lot of shortbread, among other English products. My father, who became an English translator after he retired, often read English bedtime stories to my sister and me. That is how we discovered The Wizard of Oz, which he would translate for us as he read it. 

How difficult was it for you to learn English when you started secondary school in France ?

I was already familiar with the sounds of English and I was eager to learn the language. I also went away on language stays abroad starting at an early age, on the first year of secondary school. It helped me strenghten my knowledge of the language basic structures. I soon had enough competence to express myself fluently. It wasn’t always easy staying by myself in a foreign family as a young student, but those full immersions helped me improve my English a great deal, particularly when it came to having an intuitive feel for the English grammar. I traveled to Ireland, the United Kingdom, and also to the United States, which I was thrilled to discover when I turned 15. 

You lived in the USA for two years as a young adult. That must have had an impact on your English proficiency.

I moved to the Silicon Valley with my partner Maxence when I was 20 years old, after getting my M.S. in Computer Science. I was completing my end-of-degree internship there, which turned into a working contract. Those two years spent in the U.S. jumpstarted my English level. I have an auditory memory and was thus able to rack up a wide range of vocabulary and colloquialisms. This acquired knowledge allowed me to develop a playful relationship to the English language. 

How do you consider English in your current life ?

My relationship to English was radically changed by this two-year immersion in the U.S. I cannot call the English language my mother tongue because I only have one mother and she’s French, but I clearly consider it as a favorite language of expression of mine. Especially since I have been writing in English for 9 years, since I came back to Paris and started Chocolate and Zucchini

What kind of advice would you give to non-English speakers willing to write in English ?

I don’t know what kind of advice I could give. I would just like to remind your readers that, when I started out, I only wrote to be read by a few people – mostly my friends and family. My main goal was to keep regularly practising a language I had grown very attached to. I think it’s very important to read a lot in English and practice writing it on a regular basis. I also believe one should be well-meaning toward oneself. I sometimes rewrite old posts of mine because I find that a phrase or syntactic structure could be improved. I see my writing practice as an ongoing process, a way of learning rather than an end in and of itself. Practising English gives me the joy of learning new things constantly. It enriches both my thoughts and my cultural universe. 

Thanks to Clotilde for granting me this interview where she appeared to me both humble and self-confident. Setting a good example as a blogger – for all bloggers, multilingual or not. 

Want to know more about Clotilde ?

* She was interviewed by the French website Des Elles in November 2012.

* No Country for Young Women featured several videos of her in July 2010.

* She talked to Publishers Weekly about translating Ginette Mathiot’s cookbook on December 2009.  

0 commentaires

Trackbacks/Pingbacks

  1. Happy 2018 : 💖 + 10 ans de blog + Zéro Déchet (+ mes pépites) - Bulle & BlogBulle & Blog - […] (blog bilingue anglais de Clotilde Dusoulier, que j’ai interviewée en 2012 et dont j’ai aussi parlé […]

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *