Se souvenir des belles choses : la plage de Lostmarc’h (presqu’île de Crozon)

Deuxième jour dans le Finistère. C’est le patron de la crêperie Ty Billig qui nous indique le « spot », à ma demande. « Une plage où se baigner avec les enfants ? Avec des rouleaux ? Lost marc’h ou la Palue. Mais attention aux baïnes ! » Je fais semblant de savoir de quoi il parle et embarque ma petite troupe, enfants et amis, pour la baignade.

Vamos à la plage de Lostmarc’h !

Quelques kilomètres en voiture et nous voilà au sud de la presqu’île de Crozon. Un parking en pleine nature, à deux pas du hameau de Lostmarc’h. C’est la Bretagne des cartes postales : les maisons basses en granit se succèdent, bordées d’hortensias roses ou bleus et d’agapanthes, toutes plus croquignolettes les unes que les autres avec leurs volets bleus. Il y a comme un goût d’avant : avant le dérèglement climatique et la montée du niveau des eaux. Nous traversons ce hameau paisible, à l’écart des routes touristiques, même si on est très proche de l’océan et du centre de Morgat.

La plage de Lostmarc’h par temps gris. Au fond, le hameau de Lostmarc’h et la lande.

A travers la lande

Il faut marcher un peu, les enfants pestent. Les bras chargés des cabas où s’entassent maillots, serviettes et jeux de plage, les rabannes calées sous l’aisselle, nous entamons le chemin qui mène à la plage. Nous traversons la lande : plane, prune, profonde. Je suis Jane Eyre, je suis Emily Brontë. La seule vue des bruyères et des fougères me fait tripper ! Il suffit de ces quelques centaines de mètres pour que mes racines celtiques resurgissent et m’emportent. La lande verte et mauve battue par les vents domine la mer d’Iroise. La plage se profile à l’horizon. Je respire profondément. Si le bonheur est quelque part, c’est ici, à cet instant, entourée de mes aimés dans ce lieu sauvage et breton.

Vers l’infini et au-delà 

Un menhir haut de trois mètres se dresse au beau milieu de la lande, rendant le décor encore plus fantasmatique. Nous terminons le chemin qui descend vers la plage : elle s’étend devant nos yeux, immense. Des chevaux de frise en béton, vestiges de la Seconde Guerre mondiale, ponctuent le sable blanc, au pied des dunes. Mais c’est surtout l’étendue du paysage que je bois des yeux, falaises au sud, lande au nord, et cette mer turquoise aux rouleaux blancs qui s’ouvre vers l’infini, comme une prolongation océanique du ciel bleu. Nous enfilons nos maillots à la hâte : la brise fraîche ne nous dissuade pas, l’eau nous attend ! Les baïnes, dont j’ai compris qu’elle pourrait emporter mes enfants (la baignade est officiellement interdite), me rendent vigilante. Je saute dans les vagues avec eux puis les tiens du regard, campée au bord de l’eau. Le bonheur est là. Je sais, je l’ai déjà dit, mais l’écrire me permet d’en prendre encore mieux conscience. L’eau, la Bretagne, les amis, les enfants. Tout est là, tout est bien.

Les chevaux de frise de la Seconde Guerre mondiale sur la droite, dans le sable